Apero philo

L' Apéro-philo (activité libre, ouverte à tous et gratuite) se tiendra le jeudi 22 octobre 2015 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 rue Lasansaa) sur le sujet suivant : 

L'image : déguisement ou dévoilement ?

Les images sont partout, hors de nous et en nous. Il serait judicieux de réfléchir sur leur statut quant à la vérité. On se plaint souvent de ce qu'elles soient trompeuses, falsifiées, comme s'il existait une image vraie, une réplique parfaite de la réalité, doublure sans falsification. C'est oublier que l'image est construite, "imaginée" ou "imagée", et qu' à ce titre, elle renvoie autant au sujet qu'à l'objet. Qui fait l'image, quelle image, et à quelles fins? Réalité sociale et politique, mais aussi psychologique et morale, l'image, vilipendée ou glorifiée, masque-t-elle une autre réalité, et laquelle ? - ou bien n'est-elle qu'un élément, parmi d'autres de l'mmense jeu de dupes qu'est la tragi-comédie humaine ?

Résumé de la soirée : 

1)   Les images sont partout, hors de nous et en nous, plaisantes ou déplaisantes, foisonnantes, parfois envahissantes. Elles nous séduisent ou nous irritent. Elles viennent redoubler la réalité d’un réseau inextricable de formes, d’apparences, d’ombre et de lumière dont on peut se demander s’il dissimule la réalité, ou s’il la révèle.

2)   L’étymologie insiste sur cette notion de redoublement : imago c’est le portrait, supposé copier l’original. Eikôn, en grec, « l’icône », c’est l’image semblable, alors que l’eidolôn, l’idole, serait une image trompeuse. Toujours insiste cette référence à un original, une réalité préalable, antérieure, dont l’image rend compte, fidèlement ou infidèlement. Toute la question est de savoir si la fonction de l‘image est d’opérer cette référence à la réalité, ou si, tout au contraire, elle peut s’en abstraire pour valoir en soi et pour soi.

3)   L’image est-elle un décalque de la perception ? La perception nous révèle un monde présent et actuel, évident  dans son apparaître, incontestable. L’image témoigne de l’absence : si elle est présente à l’esprit, son contenu, sa « matière » est « irréelle ». Imaginer Pierre c’est admettre que Pierre n’est pas là, sinon je le percevrais comme présent. Il y a dans l’image un paradoxe de présence-absence, qui en fait le charme ambigu.

4)   Pourquoi aimons-nous les images ? Quelle est leur fonction ? Faire une trace de ce qui fut, témoigner d’une histoire, de la présence absente d’un sacré (la statuaire, les peintures rupestres etc). Figer le mouvement, révéler, manifester – on songe aux rites religieux accompagnés d’images, d’effigies, aux processions.

5)   Le débat s’oriente alors vers la question de l’interprétation, suite à la présentation d’images-photos d’Isabelle Flexer : images sans référence, sans analogie, dit-elle, avec la réalité extérieure, images libres et inventives, pour lesquelles aucune signification ne s’impose, et dont le spectateur disposera en toute liberté. Nous remarquons alors que nous sommes spontanément portés à chercher une forme, à identifier, voire à nommer ce qui nous apparaît, bref à revenir à l’interprétation, alors que l’œuvre nous invitait à nous en affranchir. La tendance à rechercher la référence en deçà de l’image semble quasi invincible. Et pourtant !

6)   « Le cerveau  horreur du vide »  dit quelqu’un. Remarque précieuse : nous percevons, nous imaginons, nous nous souvenons, nous peuplons notre psyché d’images, Pascal dirait : nous nous divertissons. Et  notre époque est d’une extraordinaire inventivité en ce domaine.  La fin du débat porte sur le problème de la manipulation médiatique, sur la question de savoir si l’on peut être libre dans un tel monde : problème politique et éthique. Déguisement, déformation, sélection outrancière, ou bien éveil des consciences, dévoilement, voire vérité, les avis sont partagés.

7)   Reste la question de fond, un peu oubliée en cours de route : faut-il référer l’image à un « quelque chose » qui la précède, et alors se pose en effet la question du déguisement et du dévoilement – ou bien l’image est-elle un réalité en soi et pour soi, dégagée de toute référence, forme parmi d’autres d’un « apparaître » aux mille visages, dont il n’ y a pas lieu de s’inquiéter en termes de vérité ou de fausseté.

8)   Permettez-moi un petit apologue personnel (hors débat) : Timon, élève de Pyrrhon, disait : « l’apparence l’emporte sur tout, où qu’elle aille ». Peu importe dès lors que ce soit l’apparence perceptive ou l’apparence imaginante, ce n’est jamais qu’apparence (phainomenon) ou mieux dit, « apparaître ».

      Pour Métaphores, GK

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