Café-philo

 

Le café-philo s'est tenu lundi 11 mai à 18h45 au Café associatif La Coulée douce, Cité des Pyrénées à Pau (rue Berlioz).

Sept sujets ont été proposés et soumis au vote. La question retenue a été :

Toute forme d'absolu relève-t-elle d'une pathologie ?

          1     Qu’est-ce que l’absolu ? D’emblée le groupe cite les formes désastreuses du totalitarisme politique, où l’Etat est tout, et le sujet réduit à la portion congrue. Mais une autre direction est proposée tout aussitôt : l’absolu du désir, comme image de l’accomplissement, du savoir, de la perfection, voire du sublime, dans les figures augustes de Dieu, de la beauté, du savoir absolu (Hegel). L’absolu est, étymologiquement, ce qui détaché de toute relation, auto-suffisant, complet par soi et en soi, totalité et unité fermées sur soi. Son contraire est évidemment le relatif.

         2     Le relatif c’est le régime de la réalité matérielle et sociale : tout change, tout passe, toute chose est en relation avec d’autres, dans une connexion indéfinie, impermanente : « la branloire pérenne » de Montaigne. Dès lors  se pose immédiatement la question de la pertinence de la notion d’absolu, pour laquelle n’existe aucune correspondance dans le monde, matériel, social et psychique. Pourquoi les hommes sont-ils fascinés par l’absolu alors que rien, dans la réalité, n’en soutient l’image et l’idée ? Il y a là un paradoxe qu’il faut interroger. En tout cas l’absolu et la réalité semble s’exclure.

        3     La pathologie c’est la maladie du pathos, du « souffrir » (pathein, pâtir, passion, passivité). On peut souffrir de ce que l’absolu manque, qu’il soit inaccessible, désespérant (Valéry disait que « le Beau c’est ce qui désespère ») ou qu’on le découvre inexistant, absent du monde, irréel, imaginaire, ou impossible. Que serait une vie d’où toute référence à l’absolu serait absente ?

        4      Le groupe semble se diriger vers une solution médiane : la pathologie ne serait pas dans la référence à l’absolu, mais dans la confusion des registres, la fusion délirante, l’identification mystique du sujet à la forme totalitaire et tout-englobante de l’absolu : perte de la distance psychique et symbolique, avec, en corolaire, la disparition du sujet comme tel. Le sujet, pour exister (ek-sister), est contraint de se soutenir d’un manque structurel, d’une distanciation symboligène (Françoise Dolto).

       5     Dès lors se pose la question des inter-médiaires symboliques. Remarquons que la fonction du symbole est à la fois de séparer et de réunir, de réunir sur un plan supérieur ce qui était séparé, disjoint sur un premier plan : passage de la nature à la culture, de l’instinct à l’institution, de la pulsion à l’art (au sens large, artefact culturel et conventionnel). Dans ce registre il faut souligner le rôle éminent du langage qui contraint à la nomination de l’objet du désir, donc à un renoncement à la satisfaction directe au profit d’un écart , d’une dérivation dans le champ de la culture. De ce point de vue l’absolu – s’il est le fantasme d’une satisfaction totale et sans reste – est toujours déjà perdu. Mais il n’est pas sûr que le sujet le sache, et encore moins qu’il l’accepte, s’il faut en croire la belle obstination dont tout un chacun fait preuve dans sa course pathétique à la satisfaction.

       6       Paradoxe : ce n’est pas l’absolu qui crée le désir c’est le désir qui crée l’absolu. Il faut croire que dans la psyché humaine persiste, contre l’évidence du réel, une disposition imaginaire ou imaginante qui opère une vigoureuse dénégation, s’obstinant à rêver d’un achèvement et d’une totalisation, dont il sait par ailleurs qu’ils sont impossibles. L’art,  la science, et la philosophie même en témoignent d’abondance.

            Pour Métaphores, GK