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Le Cercle littéraire (activité gratuite et libre) s'est tenu le jeudi 11 juin 2015 à 18h45 au Café suspendu (café associatif) à Billère (15 Rue Jeanne Lasansaa)  sur le sujet suivant (animation : Janine Delaitre).  

"Ecrire ne sauve jamais de rien" (Paul Auster)

                                        

       Cette réflexion de l'écrivain américain Paul Auster invite  les fervents lecteurs que nous sommes à nous interroger sur ce qui motive l'acte d'écrire. Ce constat, quelque peu désabusé, laisse à penser qu'écrire relève de l'exutoire, naît d'une blessure à jamais douloureuse. Mais il fournit aussi matière à discussion. En outre, le mot "écriture" suggère que nous, lecteurs, nous nous demandions ce que nous recherchons dans les oeuvres dans lesquelles nous nous  plongeons, quelles faims elles viennent combler (ou pas).

      Résumé de la soirée :

        Ce propos de l'écrivain  américain Paul Auster interroge sur les motivations de l'acte d'écrire. Cette affirmation péremptoire et désabusée révèle la perte d'une illusion: écrire pour se sauver, et pointe l'impuissance de l'écriture. A quels malheurs cherche-t-on à échapper ? Que cherche-t-on dans l'acte d'écrire ?

       Il apparaît d'abord qu'il s'agit d'un acte pour soi, acte de retrait qui paradoxalement dit le singulier,le subjectif  avec un outil commun. L'acte d'écrire n'est pas un acte social ;mais il n'est pas solitaire car se développe un dialogue avec soi. Il permet de mieux se connaître soi-même. On écrit parce que l'on cherche à combler un manque, dit Auster. L'urgence, la nécessité à écrire  apparaissent comme un besoin, un appel dont l'origine reste mystérieuse. Ce quelque chose qui pousse à fixer les pensées dans des mots ne se laisse pas saisir. En tout cas, l'écriture est un révélateur qui fait advenir l'écrivant à l'existence, éclaire sur soi .Cet acte est aussi un élément fondamental  de liberté, une affirmation de soi. Il remplit un rôle d'exutoire et de  catharsis. Façon d 'échapper à la folie, comme en témoigne  le texte  de Maupassant : Le Horla.

       Dans ce cas l'écriture soulage : « Je suis un être blessé », dit Auster. Il importe de se saisir de cet acte d'écrire pour ne pas se laisser écrire par les autres. Ecrire aide à penser et comme le note Clément Rosset : « Une pensée n'est véritablement pensée quà partir du moment où elle est écrite ».  L'écrit apporte plus de réflexion et diminue la violence dans le rapport à autrui. La figure de Robinson montre comment  l'écriture réintroduit la culture face à l'espace de la nature et au choc du réel.

      Pour qui écrit-on , seulement pour soi ?  Les avis divergent sur ce point. Besoin de partager la beauté, de coïncider avec le monde ? Le lecteur devient constructeur de l'oeuvre. L'altérité fonctionne comme support symbolique. On s'ouvre à l'autre. La singularité de l'écriture se dit dans son opposition à la parole : mouvement et stabilité en même temps, elle s'oppose à l'éphémère elle est signe, marque, repère. Mais l'écriture permet de retrouver une parole, celle de la mère par exemple dans le livre « Pas pleurer » de Lydie Salvayre. Si l'on se réfère à d'autres formes littéraires, la fiction romanesque  est une échappée belle dans l'imaginaire.

       L'écriture est aussi envisagée sous l'angle du geste:le traçage des lettres,révélation de la personnalité,soumis aux normes , parfois vécu comme castrateur avec le regard moralisateur de la société : les « fautes » d'orthographe, le jugement sur le style qui peut étouffer la créativité. Le plaisir de l'écriture passe par le  mouvement de la main, prolongement de l'esprit. Façon de dessiner les sinuosités de l'âme ; plaisir d'entendre le bruit de la plume sur le papier... Si ce temps de l'écriture apparaît comme une  jouissance, un moment de fête, elle est aussi perçue comme une souffrance, un travail au forceps chez certains auteurs comme  Flaubert. La difficulté à trouver les mots, le style qui rendent  compte de la pensée  avec exactitude et en vérité tourmente et désespère. L'essentiel ne peut pas être dit, selon Coetzee : « Nous ne savons pas ce que nous voulons dire ».

         « Hurler sans bruit » (M.Duras) tel est peut-être le destin de l' é-cri-vain ("les cris vains").

      Pour Métaphores, JD