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             La métaphore est une transposition, généralement d’une idée abstraite dans une figure sensible, censée la représenter en vertu d’une analogie. Le lion est la métaphore du roi ou du père. Dans ce processus l’idée n’est plus exprimée directement, elle passe sous la barre de l’énoncé explicite, mais elle est évoquée indirectement par l’image qui en tient lieu.  On voit d’emblée le caractère ambivalent de la métaphore, car si l’idée perd en clarté (le roi et le lion ne sont pas équivalents),  elle gagne en représentativité imaginale : tout le monde voit que le lion est la figure de la puissance et de l’autorité. Aussi la métaphore occupe-t-elle, de nature, une place éminente dans la poésie, c’est même sa marque spécifique :

           « Sa gerbe n’était pas avare ni haineuse » - Hugo : « Booz endormi », la gerbe évoquant irrésistiblement la puissance phallique.

             A y réfléchir de plus près on considèrera que la première forme de métaphore, celle qui soutient toutes les autres, est le langage lui-même, qui ne peut jamais désigner la chose que par l’artifice d’un représentant conventionnel : le mot, qui n’est pas la chose, mais un tenant-lieu, une figuration abstraite, un pur signifiant. La métaphore proprement dite, celle qui substitue l’image à l’idée, serait en somme une métaphore de second degré. On aurait de la sorte une série : le réel indicible de la puissance en tant que telle, l’idée de père ou de roi comme première métaphore, et ensuite l’image du lion, comme métaphore de métaphore. Quoi qu’il en soit, et c’est l’essentiel, le réel en tant que tel échappe nécessairement, et par nature, au discours, qu’il soit explicite ou métaphorique.

            On ne peut philosopher que par métaphore, encore faut-il le savoir et l’assumer.

           Nous avons choisi ce terme de métaphore pour désigner notre Association par souci de vérité, et de cohérence : philosopher c’est se mettre en route vers le réel, avec le savoir préalable d’un impossible : on ne peut coïncider à la chose, mais on peut faire signe vers elle, selon le mot d’Héraclite, qui, qualifiant l’action d’Apollon, déclare : « le dieu qui est à Delphes ne cache ni ne montre, il fait signe ».

          Nous, de même, nous nous efforçons de faire signe vers ce qui échappe à tout discours, mais qui soutient tout discours, en creux, et dont l’évocation est seule à donner au discours – métaphorique par essence – sa justification et ses lettres de noblesse.

          C’est dire aussi que s’il est aisé de bavarder sans fin sur la nature ou sur l’homme, ou sur tout ce qu’on voudra, rare, et noble est le projet, et difficile entre tous, de se tenir sous le feu, et de rendre compte en vérité de notre paradoxale proximité du réel.

         Assumer cette place, voilà notre honneur, et celui de ceux ou celles qui partagent ce projet, artistes, poètes, amateurs de lettres et de beauté, tous embarqués dans le chantier d’un dire à la fois impossible et nécessaire.

           Pour "Métaphores",  GK